Presse

 
« (Pour) Qui-vive » d’Abraham Cohen
 

 
Court métrage documentaire de 15 minutes, réalisé par Abraham Cohen, tourné dans mon atelier de la Fondation Dufraine, à Chars, en 2016.
 
 
Miroir de l’art n°75

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La Gazette Drouot n°27 du 8 Juillet 2016

 
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Artension, Hors Série n°16 « La sculpture aujourd’hui » – 218 artistes à suivre

 
ARtension
 

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éditorial du 28-02-2013

La lettre hebdomadaire de Jean-Luc Chalumeau
« Clarisse Griffon du Bellay ou la perception viscérale du vivant »

 

Au Salon de 1819, sous la Restauration triomphante, Géricault présente Scène de naufrage. Personne n’est dupe : il s’agit bien de la tragique affaire de la Méduse, frégate commandée, avec sa flotille d’accompagnement, par un vieil émigré incompétent, Hugues Duroy de Chaumareys, qui a fait échouer le bateau sur le banc d’Arguin, au large du Sénégal, le 2 juillet 1816. Un radeau de vingt mètres sur sept est construit avec la mâture du navire. Cent cinquante hommes s’y entassent. Une tempête en emporte la moitié. Le 11 juillet les malades et les mourants sont sacrifiés. On mange les cadavres. Le 17 juillet, le brick l’Argus récupère les survivants qui ne sont plus que dix. Parmi eux, un jeune homme de 28 ans nommé Griffon du Bellay. En 2013, sa descendante directe, Clarisse Griffon du Bellay, impressionnant sculpteur en taille directe, présente une pièce élaborée en 2011 en bois de chêne, de 2 mètres 20 par 3 mètres 40 qu’elle intitule Le radeau de la méduse. Elle sera visible à la galerie Marie Vitoux, 3 rue d’Ormesson 75004, du 7 mars au 13 avril.

Le radeau de Clarisse Griffon du Bellay vient moins de Géricault que de son propre itinéraire d’artiste. Il est frappant que celle dont l’aïeul ne dut sa survie qu’au cannibalisme ait récemment écrit ceci : « La viande me parle de ma propre substance, m’en fait prendre la mesure. J’y recherche une force vitale primordiale, à nu. Je veux faire surgir la présence à son niveau le plus profond, là où l’empreinte de la mort donne puissance à la vie ». C’était à propos de ses Carcasses, qui ont occupé le vaste espace de la Halle Roublot de Fontenay-sous-Bois en 2011. On y reconnaissait les préoccupations plastiques du professeur de Clarisse aux Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris, Sylvie Lejeune, en particulier à travers le Grand bœuf ouvert en bois d’acacia de cette dernière. Mais il y avait autre chose, d’une grande intensité expressive, qui justifiait le commentaire de la jeune créatrice : « Toucher à l’intimité pure. Errance dans un paysage de peau, de chair et d’os. Forces sourdes. Essentielles. La perception viscérale du vivant. »

C’est bien à une perception viscérale du vivant que nous sommes invités devant les figures au bord de la mort du Radeau de la méduse de Clarisse Griffon du Bellay qui parvient à nous donner un émouvant théâtre de la cruauté au sens d’Antonin Artaud. Il me semble qu’ici, le sculpteur du XXIe siècle rejoint effectivement Théodore Géricault, le peintre du XIXe dont la violence du trait était sans rivale. L’un comme l’autre se distinguent de leurs contemporains par leur puissance expressive. L’exposition de la galerie Vitoux a pour titre Emergence de l’histoire, elle réunit les sculptures de Griffon du Bellay aux peintures de Nathalie Bourdreux. Les deux artistes sont bien dans la ligne spécifique de la galerie : l’expressionnisme notamment incarné par Franta. Clarisse Griffon du Bellay fait en effet émerger à sa manière l’Histoire dont son aïeul fut acteur et victime et son histoire personnelle en une synthèse d’une exceptionnelle qualité expressive qu’il ne faudra pas manquer.
( www.clarissegriffondubellay.com)

J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr

 
 
Texte de Marie Vitoux lors de l’exposition à la galerie (Mars 2013 )

« Le « Radeau de la Méduse » de Clarisse Griffon du Bellay vient s’échouer tout près sur le sol de la galerie… Les corps à la dérive se livrent un combat de l’extrême pour survivre, comme des arbres raidis, pliés, cassés, agriffés aux lattes du radeau. Ils résistent pour ne pas disparaître. D’instinct, leurs bouches ouvertes, gueulantes, cherchent la nourriture morte, décomposée ou vivante…
Sursauts de ce support de bois, avec ses vestiges ruisselants.
… Retarder l’ensevelissement…
Rappel fort d’un magnifique tableau angoissant… « les peaux, guenilles mortes, pendantes, chairs froides » ont repris vie sous forme de bois oeuvré et raffiné.
Un beau travail de cette artiste où le présent s’appuie sur le passé : Forces sourdes de l’Art. »

 

Article d’Annick Chantrel Leluc (Mars 2013)

Oh ! Cette double mer du temps et de l’espace
Où le navire humain, toujours passe et repasse

Victor Hugo

LA NEF DES FOUS

Sculpture visionnaire d’un carnaval funéraire, le radeau de Clarisse Griffon du Bellay, palette désossée, suspendue entre mer et ciel, flotte sur des profondeurs abyssales. Clarisse fait mémoire du naufrage de la frégate de La Méduse, s’appropriant l’éternité d’une tragédie vécue par son quadrisaïeul en 1816.

Corps dépouillés, corps engloutis dans l’Océan des égarements, corps disloqués comme si un monstre marin avait refermé ses mâchoires. Les corps morcelés des naufragés, articulés par de la ficelle, deviennent les jouets pathétiques de leurs pulsions criminelles et cannibales et de la mer cruelle. Regards éberlués de culpabilité et de désespérance, bouches bées de stupeur et d’effroi.

Dans le huis clos de l’atelier se rejoue un drame. La sculpteur taille le scandale des corps mangés par l’eau et par l’autre. Elle ponce les chairs rongées par le sel. Elle incise la tendreté du hêtre, comme celle de sa propre histoire jusqu’à toucher l’intimité des corps défroqués de leur apparence, détachant avec délicatesse les lambeaux de peaux en décomposition. Les corps décharnés sans bras crient leur impuissance.

Le petit navire de son enfance où on tirait à la courte paille pour savoir qui serait mangé devient la nef des fous. Captivée par les inflexions du bois, la main de l’artiste se laisse guider par la matière. Au plus près du fil du bois vieilli, la gouge creuse la propre histoire de chacun de nous. Il s’agit de survivre pour vivre. Jusqu’à la folie.

Pour l’artiste, comme pour les personnages embarqués sur l’espace du radeau, l’attente est si longue, le temps si terrifiant. Les instants succèdent aux instants, les décisions aux émotions. Immergée dans la fulgurance de ses pensées, la jeune femme est tour à tour assaillie au plus profond d’elle-même par la peur hystérique du geste irréversible, remuée par le corps à corps contre des vagues de défiance et de colère ; mais à mi-parcours de son travail, la joie de tailler démine le doute, une joie, joyeuse de sa violence, l’inonde de son énergie.

Face à ses personnages sculptés, elle est saisie d’un sentiment d’équivalence, comme si elle cohabitait sur le radeau dans une totalité corporelle et mentale, sang, chair et esprit, essayant de dompter ses peurs et ses régressions avec les misérables de 1816. Elle affirme : « Je recherche (dans le corps) une présence brutale, primordiale, d’autant plus palpitante de vie que la mort y est déjà inscrite… »

Clarisse Griffon du Bellay, hugolienne et goyesque, éprouve une fascination pour les encres de Victor Hugo avec qui elle partage l’univers de la mer dévorante et cruelle, tout autant que pour les peintures noires de Goya—Saturne dévorant un de ses enfants.

En montrant ce qui habituellement est caché, elle brise le tabou d’une sphère réservée à l’intime ou au sacré. A l’instar de Léonard de Vinci qui disséquait clandestinement les morts, Clarisse Griffon du Bellay cherche à ravir le secret de la vie au tréfonds des carcasses.

Annick Chantrel Leluc
Mars 2013 à Saint Jean de Sixt

 
 
Extrait du supplément du « Parisien » du Samedi 1er octobre 2011


Article du blog « From the Skyline » du lundi 4 octobre 2010

(http://fromtheskyline.blogspot.fr/2010/10/parcours-carne-focus-sur-le-sculpteur.html)