Être-paysage (Casa de Velázquez)

 
monastère de Veruela

Être-paysage – bois : séquoia, chêne et orme – 1,40 m (hauteur des personnages) x 2,50 x 2,50 m – 2014
Vue de l’exposition Itinerancia au Monastère de Santa María de Veruela, Saragosse

être-paysage, Musée Dobrée Vue de l’exposition Artistes de la Casa de Velázquez, Musée Dobrée, Manoir de la Touche, Nantes

être-paysage, Musée Dobrée
 
Etre-paysage Galerie éof

Vue de l’exposition Itinérance à la Galerie Éof, Paris

 

Ma sculpture parle de l’érosion de toute chose. Les êtres créés sont aussi vieux que les montagnes.
L’humanité sans âge et son éternelle volonté d’être là se dressent, obstinées
Êtres ancestraux se tenant comme des rocs, et comme des rocs subissant l’épreuve du temps
Figures ravinées, soif hurlante
La résistance
L’ancrage au sol presque enlisement

 


 

Vue de l’atelier à la Casa de Velázquez, fin Mars 2014 avec la sculpture Être-paysage en cours

 

Colosse_01 Le Colosse - bois : orme – hauteur: 85 cm – 2014

Colosse_02

 

portrait de gredosPortrait de Gredos – bois : séquoia brûlé – hauteur: 35 cm – 2014
Collection de la Casa de Velázquez
 
 

Voyage de Sculpture

Clarisse Griffon du Bellay sculpte le bois avec évidence et amour. Un travail où le présent s’appuie sur le passé, « forces sourdes » de l’Art, où tailler le bois c’est aussi tailler dans du vivant, dans le monde autre de la nature. Carcasses, restes de vie, vestiges du périssable, du vide, et au-delà, prégnance de la chair nerveuse, veineuse…Souvenance du sang ou de la sève qui génère souffle et palpitations.

Ce « radeau de la Méduse », histoire folle de ses ancêtres, rappel d’un célèbre tableau, l’artiste en le sculptant recrée son existence et retarde son ensevelissement. Sursauts de ce support de bois, où les corps, comme des arbres raidis, pliés, écuissés, à la dérive, se livrent un combat de l’extrême pour survivre.

Inciser, poncer, ronger, c’est aussi mettre sa marque, sa violence,  pour trouver la genèse de cette matière et sa dégénérescence.

Les carcasses, les peaux, les corps défroqués annoncent déjà des êtres d’angoisse à échelle humaine, issus de la terre caillouteuse. Leur présence brute, liée à la roche, humanise le paysage qui à son tour les domine, les nourrit. Ces humains, cachés, piégés, ou jaillissants obstinés des fissures, du sol aride, renvoient au rythme de la nature.

Le flux de l’errance, les extrêmes d’une recherche de vie exaltante et les parts d’ombre dans laquelle la mort est incluse font la grandeur de cette Sculpture. Les essences aux couleurs, chair, ocre et rosée, l’embrasent. Clarisse Griffon du Bellay, attachée à l’œuvre de Goya, passionnée par son travail in situ, rend ainsi un bel hommage à l’Espagne.

Les triades, protectrices des arbres, renaissent avec ces bois d’hommes, de terres et de roches.

Voyage de l’Imaginaire, d’un réel sensible qui transporte nos racines dans le paysage révélé.

Marie Vitoux